En regardant le gala de l'ADISQ hier, je me suis demandé si, quand un Québécois s'exprime artistiquement, pour des raisons qui lui appartiennent, dans une langue autre que le français, il demeure bien un Québécois. Parce que l'ADISQ ne permet pas que des albums dans une langue autre que le français ne soit reconnu dans ses catégories générales. Elle confine en effet ces anomalies à des catégories obscures, dont elle remet les prix en catimini lors d'une soirée intime qui ne sera pas diffusée à la télé. On aime ça ton disque en anglais Grégory, mais dit le à personne, O.K.?
Si une personne qui vit au Québec, crée ses oeuvres au Québec, les enregistre ici, les publie ici, les vend ici, est-ce que c'en en fait pas un disque québécois, indépendamment de la langue qu'on y entend? Est-ce que l'ADISQ récompense les meilleurs albums québécois ou les meilleurs albums en français? Parce que si ce n'est que le français qu'elle considère, elle ne devrait pas se targuer de reconnaître les meilleurs artistiques québécois mais bien les meilleurs artistes québécois qui ont choisi de chanter en français.
On agirait de la sorte pour protéger le fait français au Québec affirme le président de l'ADISQ. Soit, mais il faudrait peut-être clarifier un peu nos intentions quant au français pendant qu'on y est.
D'un côté, on met de côté ceux qui choisissent de s'exprimer dans toute autre langue que le français (Parlez-en à Pascale Picard qui se fait demander à coeur de jour pourquoi elle chante en anglais...) mais d'un autre, on reproche aux jeunes de ne pas assez maîtriser l'anglais, qu'il faut absolument connaître pour le travail.
On crie à qui veut l'entendre que notre langue est menacée, qu'elle est faible et doit être protégée, mais on retire les dictées des écoles et on fait des héros de nos animateurs et chroniqueurs qui «parlent comme le vrai monde».
La langue est peut-être en péril au Québec (je n'en suis pas tout à fait convaincue), mais la menace ne vient pas des méchants anglais cette fois, il faut regarder un peu plus près de chez nous pour trouver les coupables.
M-A
29.10.07
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